Le Rêve d’un enfant

Benki PIYAKO

Leader spirituel et politique du peuple Aschaninka

Demander plusieurs semaines à l’avance quel sera le thème de sa conférence à un autochtone n’a pas de sens.

Ces hommes vivent essentiellement l’instant présent.
Le message est conditionné par le contexte, l’ambiance cardiaque du moment. Alors, une fois n’est pas coutume, laissons nous surprendre par ce qui adviendra.
Ecoutons plutôt sa parole : Dans mon enfance et mon adolescence, j’ai imaginé grandir très courageux et prêt à parcourir les différents mondes dont je rêvais. Je voulais faire le tour du monde et voir tout ce qui s’y trouvait. Je regardais le ciel et pensais un jour m’y promener. Je me souviens encore quand ma mère et mon père me racontaient les histoires relatant les exploits des hommes guerriers, les personnes de grande puissance qui faisaient face à de nombreuses luttes et qui surmontaient d’innombrables défis. J’ai toujours pensé que je serais un de ces hommes courageux pour affronter les aventures que me réserve mon destin.
A l’époque où je cherchais à connaître l’histoire de notre peuple, voyant que je murissais, mon grand-père m’a dit : « Tu seras une personne de haute élévation spirituelle, tu seras un messager, un enseignant de la terre ». J’ai intégré cela à l’intérieur de moi comme une responsabilité, une chose que je pourrai faire. Quand mon grand-père est mort, j’avais dix ans. Ce fut une expérience très importante pour moi. J’ai grandi ainsi, en traversant les obstacles de la vie, avec l’idée de transmettre la connaissance et le mode de vie de mon peuple, fidèle à l’image des personnages dont mon père me parlait. J’ai vécu des mois dans la forêt pour connaître les différentes espèces de plantes, les animaux, et je peux maintenant porter le message que les animaux vivent les uns pour les autres.
Mon grand-père disait : « Le monde est un livre ouvert, pour que nous y apprenions tout ce qu’il nous donne ». Pour apprendre dans ce grand livre ouvert, dès ma tendre enfance, je fus un étudiant érudit dans la forêt. J’ai vu les plantes se déplacer sans que rien ne les touche. J’ai vu les fleurs embaumer de parfum sans que personne ne les parfume. J’ai entendu la magie des chants de chaque être dans la forêt vibrante. Comme c’était magique de voir les feuilles et les branches des arbres se parler ! J’ai regardé la couverture du ciel dans le vert des forêts, le soleil et la lune briller, la course des nuages, les éclairs menaçants et le tonnerre par temps clair. Cela était si fort, que parfois j’en avais les larmes aux yeux, me demandant « Quel est ce mystère ? »

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